Woolsthorpe (Lincoln), 1642 - Londres 1727
Mathématicien et physicien anglais, le plus grand
peut-être de tous les savants. Professeur à Cambridge ;
président de la Société royale de Londres ;
membre du Parlement ; directeur de la Monnaie.
Sous le nom de calcul des fluxions, Newton a inventé le calcul
infinitésimal, en même temps que Leibniz. Explication du
système du monde par l'Attraction universelle.
Décomposition de la lumière. Binôme de Newton,
etc. - S'est occupé aussi de théologie et de
chronologie.
Extrait de : A. Rebière,Les savants modernes, 1899
Citations de NEWTON.
"J'ignore ce que le monde pensera de mes uvres, mais il me
semble que j'ai été comme un enfant jouant au bord de
la mer, trouvant ici un galet mieux poli, là une coquille plus
agréablement nacrée, tandis que l'océan infini
de la vérité m'offrait son immensité
inexplorée."
"Si j'ai pu voir un peu plus loin que d'autres, c'est que je me
suis hissé sur les épaules de géants."
"Je n'ai pu arriver à déduire des
phénomènes la raison des propriétés de la
gravité et n'imagine point d'hypothèses (hypotheses
non fingo). Car tout ce qui ne se déduit pas des
phénomènes est une hypothèse ; et les
hypothèses, soit métaphysiques, soit physiques, soit
mécaniques, soit celles des quantités occultes, ne
doivent pas être reçues dans la philosophie
expérimentale. Dans cette philosophie, on tire les
propositions des phénomènes et on les rend ensuite
générales par induction."
"La philosophie est une dame si exigeante et querelleuse, que se
commettre avec elle, c'est se jeter dans des disputes sans fin."
Bibliographie
Principaux ouvrages.
- Philosophiae naturalis principia mathematica, Londres,
1687 ; 2e éd. R. Cotes, Cambridge, 1713 ; 3e éd. H.
Pemberton, London, 1726.
Traduction française par la
Marquise du Châtelet : Principes mathématiques de la
philosophie naturelle, Paris, 1759 ; réimpression Jacques
Gabay, 1990. - Opticks, London, 1704 ; 1° Ann. : Enumeratio
linearum tertii ordinis ; 2° Ann. : De quadratura
curvarum (1676). - Arithmetica universalis (1673-83), éd. W. Whiston,
Cambridge, 1707. - Analysis per aequationes numero terminorum infinitas (1669),
éd. W. Jones, London, 1711. - Commercium epistolicum, London, 1712. - Methodus fluxionum et serierum infinitorum, (1711-12), trad.
angl. éd. par L. Colson, London, 1736. - Opuscula, éd. J. de Castillon,
Lausanne-Genève, 1744. - Opera quae extant omnia, éd. S. Horsley, London,
1779-85, 5 vol. - Correspondance with Cotes, éd. J. Edleston, London,
1850.
Analyse des travaux
René DUGAS Histoire de la
Mécanique,
1950
Reprint Jacques Gabay,
1996
Grâce à Galilée et à Huyghens, la
mécanique était sortie de sa gangue scolastique. Des
problèmes essentiels, comme celui du mouvement des projectiles
dans le vide et celui des oscillations du pendule composé,
avaient pu être résolus. Mais il restait à
édifier un exposé des principes mêmes de la
dynamique. Ce fut l'oeuvre de Newton qui a marqué de son sceau
les fondements de la mécanique classique, en même temps
qu'il en élargissait le champ d'application aux
phénomènes célestes.
Ernst MACH La Mécanique, 1904
Reprint Jacques Gabay, 1987
Newton rendit à la science de la mécanique un double
service. Tout d'abord sa découverte de la gravitation
universelle agrandit considérablement le domaine de la
mécanique physique. En second lieu on lui doit
l'énoncé formel des principes de la
mécanique encore généralement
acceptés aujourd'hui. Depuis Newton aucun principe
essentiellement nouveau n'a été posé, et le
travail accompli en mécanique depuis lors a été
un développement déductif, formel et
mathématique, sur la base des principes newtoniens.
Pierre-Simon LAPLACE Exposition du système du Monde,
1796
Il était réservé
à Newton de nous faire connaître le principe
général des mouvements célestes. La nature, en
le douant d'un profond génie, prit encore soin de le placer
dans les circonstances les plus favorables. Descartes avait
changé la face des sciences mathématiques, par
l'application féconde de l'algèbre à la
théorie des courbes et des fonctions variables. Fermat avait
posé les fondements de l'analyse infinitésimale, par
ses belles méthodes des maxima et des tangentes. Wallis, Wren
et Huygens venaient de trouver les lois de la communication du
mouvement. Les découvertes de Galilée sur la chutes des
graves, et celles d'Huygens sur les développées et sur
la force centrifuge, conduisaient à la théorie du
mouvement dans les courbes. Kepler avait déterminé
celles que décrivaient les planètes, et il avait
entrevu la gravitation universelle. Enfin Hooke avait très
bien vu que les mouvements planétaires sont le résultat
d'une force primitive de projection, combinée avec la force
attractive du soleil. La mécanique céleste n'attendait
ainsi, pour éclore, qu'un homme de génie qui,
rapprochant et généralisant ces découvertes,
sût en tirer la loi de la pesanteur. C'est ce que Newton
exécuta dans son ouvrage des Principes mathématiques
de la philosophie naturelle. Cet homme, célèbre
à tant de titres, naquit à Woolstrop, en Angleterre,
sur la fin de 1642, l'année même de la mort de
Galilée. Ses premières études
mathématiques annoncèrent ce qu'il serait un jour : une
lecture rapide des livres élémentaires lui suffit pour
les entendre : il parcourut ensuite la Géométrie
de Descartes, l'Optique de Kepler et l'Arithmétique
des infinis de Wallis ; et, s'élevant bientôt
à des inventions nouvelles, il fut, avant l'âge de
vingt-sept ans, en possession de son calcul des fluxions, et de sa
théorie de la lumière. Jaloux de son repos, et
redoutant les querelles littéraires, qu'il eût mieux
évitées en publiant plus tôt ses
découvertes, il ne se pressa point de les mettre au jour. Le
docteur Barrow, dont il était le disciple et l'ami, se
démit, en sa faveur, de la place de professeur de
mathématiques dans l'université de Cambridge. Ce fut
pendant qu'il la remplissait, que, cédant aux instances de la
Société royale de Londres et aux sollicitations de
Halley, il publia son ouvrage des Principes.
L'importance et la
généralité des découvertes sur le
système du monde et sur les points les plus
intéressants de la physique mathématique, un grand
nombre de vues originales et profondes qui ont été le
germe des plus brillantes théories des géomètres
du siècle dernier, tout cela, présenté avec
beaucoup d'élégance, assure à l'ouvrage des
Principes la prééminence sur les autres
productions de l'esprit humain.
Le livre des Principes restera comme
monument de la profondeur du génie qui nous a
révélé la plus grande loi de
l'univers.
Joseph BERTRAND Les fondateurs de l'Astronomie moderne,
1874
Le livre des Principes est pour qui sait le comprendre,
l'un des chefs-d'uvre et peut-être le plus grand effort
de la pensée humaine. La dignité des résultats
est incomparable comme leur précision et leur certitude, et
l'immense talent, évidemment accessoire à ses yeux, que
Newton y déploie comme géomètre porte sa
grandeur au plus haut point. La théorie des fluxions y est
indiquée rapidement dans une note que Newton nomme
Scholie ; mais elle pénètre et domine tout
l'ouvrage, qui, aujourd'hui encore, en est la plus grande comme la
plus belle application. Lorsque parut le livre des Principes,
cette théorie, inventée mais non publiée vingt
avant par Newton, n'était pas nouvelle pour les
géomètres. Leibniz avait publié en 1684, dans
les Acta eruditorum, une note de six pages qui contient, sous
une autre forme, des principes équivalents...
Johann Christian POGGENDORFF Histoire de la Physique, 1883
Reprint Jacques Gabay, 1993.
La Philosophie naturelle de Newton n'est au fond qu'un
traité de mécanique, mais porté à un
point de perfection tel, que jusqu'alors on n'avait rien vu de
semblable. Il définit d'abord la quantité de
matière, la qualité du mouvement, l'inertie, etc... Il
développe ensuite les principes généraux du
mouvement, les principes de la composition et de la
décomposition des forces. Il passe des problèmes les
plus faciles à d'autres, présentant toujours une plus
grande difficulté, jusqu'à ce qu'il arrive à
traiter le mouvement même des corps célestes.
C'est alors que Newton démontre, d'une manière
rigoureuse, que si un corps décrit une ellipse, une parabole
ou une hyperbole, sous l'action d'une force émanée de
l'un des foyers de ces coniques, cette force attractive doit agir en
raison inverse du carré de la distance.
Il démontre également la proposition inverse que, si
une force émanée d'un point agit sur un corps en raison
inverse du carré de la distance, ce corps, quel que soit sa
direction antérieure, pourvu qu'elle ne passe pas par le
centre d'attraction, décrit nécessairement l'une des
trois coniques. Il fait voir, en outre, que la deuxième et la
troisième loi de Kepler sont des conséquences
nécessaires de la loi générale qui
s'énonce ainsi : Les corps s'attirent en raison directe de
leurs masses, et en raison inverse des carrés de leurs
distances.
Le développement logique, et presque toujours rigoureux, de
toutes les conséquences qui découlent de cette loi
unique, est ce qui donne à Newton la propriété
inconstée de la théorie de la gravitation. Beaucoup
d'esprits clairvoyants ont certainement, avant Newton, exprimé
l'idée qu'une attraction devait s'exercer entre les corps
célestes. - On trouve les traces de cette idée jusque
chez les anciens, chez Pythagore, Aristarque de Samos et Anaxagore.
On la retrouve parmi les modernes, chez Copernic, Kepler, Fermat et
Borelli. Newton a lui-même accordé que Wren, Halley et
Hooke avaient trouvé la loi de la gravitation, bien que Hooke,
dans son ouvrage An attempt to prove the motion of the Earth,
London 1674, dise seulement que l'attraction est d'autant plus forte
que les corps agissent à une plus courte distance. Mais tous
ces savants, et notamment les trois derniers, n'étaient pas
parvenus à démontrer la loi. C'était chez eux
une heureuse inspiration, heureuse parce qu'elle se trouvait exacte,
mais qui aurait pu tout aussi bien être trouvée fausse
plus tard. Le développement de cette idée
première était ici la chose essentielle, - et ce
développement, un génie mathématique aussi
élevé que Newton pouvait seul le faire.